Un contexte difficile L’installation des loups dans les Alpes françaises a bouleversé les pratiques pastorales. Depuis 1992 et l’observation d’un premier couple dans le Mercantour, les populations de loups se sont multipliées jusqu’à atteindre un ordre de grandeur de 250 individus en 2012, réparties sur un large territoire dans cinq départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur : Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Var, Vaucluse. Sa présence concerne non seulement les alpages, mais aussi les pâturages des exploitations dans les vallées alpines et préalpines et les collines et plateaux méditerranéens. Elle touche désormais environ 700 000 ovins dans les Alpes. Les mesures de protection sont très largement mises en œuvre, avec plus de 1000 contrats de protection passés par les éleveurs dans le massif alpin : introduction de chiens de protection (près de 1500 chiens désormais présents), regroupement nocturne des animaux en parcs de nuit, surveillance renforcée. Mais ce dispositif de protection, conçu pour les gros troupeaux en alpages gardés pendant 4 mois, s’avère largement inadapté à la protection des troupeaux sur l’exploitation. En effet l’éleveur individuel dispose d’effectifs bien moindres, de surcroît répartis en plusieurs lots, qu’il faut protéger simultanément, avec un coût à l’animal bien supérieur. Et la durée au pâturage, donc d’exposition au risque, atteint 10 à 12 mois dans les vallées méditerranéennes. La prédation a un impact fort sur les exploitations ovines en termes de pertes directes (animaux tués et blessés). Les pertes dans les cinq départements touchés de notre région atteignent ainsi 3516 victimes en 2011, soit 71 % du total au niveau national (4921 pertes, dont 95 % d’ovins). Les éleveurs sont également affectés par des pertes indirectes (animaux disparus, pertes de croissance, avortements causés par le stress, …). Mais c’est surtout l’alourdissement du travail engendré par les modifications des pratiques pastorales et par l’intégration des mesures de protection qui pèse sur les exploitations. Cet alourdissement a été chiffré en moyenne à un plein temps pendant les quatre mois de l’alpage (soit un surcroît de travail annuel de 20 min par brebis) et à un tiers temps en exploitation (soit 1h 30 par brebis). Malgré les efforts de protection des éleveurs et des bergers, qui augmentent très fortement chaque année, la prédation continue à s’accroître toujours aussi rapidement Les problèmes à long terme résident dans la capacité d’adaptation des systèmes pastoraux aux fortes modifications de conduite des animaux imposées par leur protection. En outre, la présence des chiens de protection dégrade bien souvent la qualité d’accueil des autres utilisateurs des espaces pastoraux : chasseurs, randonneurs, VTTistes, .... Enfin, il est important de souligner que la modification de certaines pratiques pastorales afin de protéger le troupeau peut, selon les cas, dégrader à court terme des écosystèmes entretenus par le pastoralisme : secteurs abandonnés qui s’enrésinent, retour quotidien du troupeau à la cabane qui génère des drailles profondes et surpâturage des secteurs proches du lieu de rassemblement. Les patous, quant à eux, peuvent mettre à mal par leur action de prédation, des populations fragiles de marmottes, tétras-lyre ou lagopèdes. Les actions du CERPAM : référence, expertise, accompagnement des politiques publiques Depuis plus de 10 ans, le CERPAM, en collaboration avec d’autres services pastoraux, l’Institut de l’Elevage, des écoles d’ingénieurs agronomes (VetAgroSup de Clermont-Ferrand et SupAgro de Montpellier), l’INRA et les services de l’État, élabore des références et connaissances visant à : - Mesurer la prédation due aux chiens divagants dans des territoires sans loups pour mieux mettre en évidence la spécificité de celle imputable au prédateur sauvage, en termes qualitatif comme quantitatif ; - Chiffrer la réalité des animaux disparus lors d’attaques de loups, et accompagner les études portant sur l’impact technique et économique de la présence de loups sur les exploitations d’élevage ; - Evaluer la vulnérabilité des troupeaux au pâturage, c’est-à-dire le risque qu’ils ont de subir des attaques et rechercher les pistes d’action pour baisser ces facteurs de vulnérabilité ; - Evaluer la sensibilité à la prédation des exploitations pastorales, c’est-à-dire l’impact technique et économique des attaques et les possibilités dont les éleveurs disposent pour s’adapter au contexte de prédation, dans quelle mesure et à quel prix ; - Chiffrer, en partenariat avec l’Institut de l’Elevage et la Maison régionale de l’Elevage, l’accroissement du temps de travail ; élaborer la méthode de « diagnostic de vulnérabilité », désormais prise en charge dans le cadre de la mesure de protection des troupeaux 323c1 ; - Tester des moyens innovants de protection permettant d’améliorer la gestion pastorale et d’atténuer la surcharge de travail en condition de prédation, comme par exemple la mise en place et le suivi de parcs d’appui au gardiennage qui viennent en renfort au gardiennage. - Intervenir en mission d’appui dans des régions de colonisation par les loups hors massif alpin ; - Accompagner les pouvoirs publics dans la définition des dispositifs de protection et leur adaptation aux conditions réelles de l’élevage pastoral ; - Diffuser largement les analyses techniques rendant compte de l’impact des loups sur l’élevage pastoral (publics techniques, enseignement agricole, éleveurs…) L’ensemble de ces études a permis d’élaborer différentes méthodes d’analyse, proposant ainsi une qualification de la sensibilité des systèmes ou des territoires pastoraux. Cette thématique est ainsi intégrée dans les diagnostics pastoraux, ou alors prise à part entière avec la réalisation de diagnostics de vulnérabilité. Ainsi, nous sommes amenés à réaliser des diagnostics de vulnérabilité des exploitations et groupements pastoraux, voire accompagner ces éleveurs dans les choix de mise en place de moyens de protections de leur troupeau ou de changements de pratiques. Les retours d’expérience et notamment les limites et difficultés rencontrées permettent de faire évoluer les dispositifs publics. Cet effort sans précédent de tous les acteurs concernés paraît toutefois sans fin, tant il est nécessaire de rehausser les niveaux de protection face à des loups habiles à les déjouer, et tant les solutions nécessaires font apparaître de nouveaux problèmes.
Chiffrer la réalité de la prédation des chiens divagants
L’arrivée de loups sur un nouveau territoire se manifeste toujours par une explosion des attaques, ce qui suggère un faible niveau antérieur de dégâts dus à des chiens divagants. Il est possible de vérifier cette hypothèse en chiffrant les dégâts de chiens dans des territoires sans loups à date de l’enquête, de façon à éviter toute confusion, par enquêtes exhaustives auprès des éleveurs de ce territoire. Dix enquêtes ont été réalisées dans autant de départements du grand Sud de la France auprès de 293 éleveurs ou gestionnaires de troupeaux collectifs, pour un effectif total de 145 000 ovins au pâturage (Provence-Alpes-Côte d’Azur, Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon, Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées, Franche-Comté). Ces enquêtes convergent toutes vers un bas niveau de prédation, avec un taux annuel variant de 0,1 à 0,4 % de l’effectif au pâturage. La fréquence d’attaque est en moyenne d’une tous les 5 ans par troupeau. Enfin il est remarquable de constater l’absence de discrétion du chien, vu à l’attaque dans 90 % des cas et le plus souvent identifié et neutralisé. Ces résultats sont conformes à la littérature internationale (taux de prédation de 0,39 % aux USA et de 0,13 % en Grande-Bretagne), mais significativement éloignés de ceux qui circulent dans la majeure partie des publications consacrées au loup, qui évoquent des niveaux de pertes correspondant à des taux de prédation du chien quinze fois plus élevés, allant de 2 à 7 % en France ; pour autant, une vérification systématique de ces dernières « références » montre curieusement qu’elles ne reposent sur aucune étude chiffrée de terrain.
Prédation
Réf US : (USDA. Sheep and Lamb Predator Death Loss in the United States, 2004, USDA, 2007.) Réf GB: (Ken Taylor, Penny Anderson, Ros Taylor, Kath Longden et Paul Fisher, Dogs, access and nature conservation, Report n° 649, English nature Research Project, 2005, p. 70.)
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